Le Laboratoire d’Hydrobiologie, d’Aquaculture et Gestion des Ressources Naturelles de l’Université Officielle de Bukavu (LHAGREN-UOB) a organisé dans la ville de Bukavu une série d’ateliers d’échange avec les cadres de base et leaders communautaires autour du plan de gestion et de réduction des déchets solides de la ville de Bukavu. Ces échanges étaient tenus dans les 3 communes de la ville de Bukavu (Ibanda, Kadutu et Bagira), et avaient réunies des cadres de bases (Chefs de quartier, Chefs d’Avenue, 10 maisons), des acteurs de la société civile, des membres des comités locaux de développement, des collecteurs et valorisateurs des déchets, des chercheurs universitaires, des opérateurs économiques, des représentants des médias ainsi que des acteurs des secteurs des marchés, hôtels et restaurants. Ces échanges s’inscrivent dans une démarche participative visant à renforcer la coordination entre les différents maillons de la chaîne de gestion des déchets de la ville de Bukavu. Ces échanges ont été modéré par le chercheur BAGUMA BALAGIZI Gabriel, qui a débuté par la présentation des participants, suivie de l’hymne national et d’une photo de famille. Dans son intervention introductive, le chercheur Baguma Balagizi Gabriel a souligné que le LHAGREN-UOB attend avant tout écouter les contributions des cadres de base afin d’enrichir les résultats des travaux de recherche. Il a également rappelé l’ambition du laboratoire de favoriser une implication d’environ 80 % des acteurs directs et indirects dans les actions de réduction des déchets solides à l’horizon 2030.
Une problématique environnementale préoccupante
À l’ouverture des travaux, le Professeur CIKWANINE KASIGWA Dieudonné, Doyen de la Faculté des Sciences et Représentant du Recteur de l’Université Officielle de Bukavu, a rappelé que la mauvaise gestion des déchets solides constitue une menace majeure pour la santé publique et l’environnement. Il a notamment insisté sur les impacts observés sur la qualité de l’air, des sols ainsi que sur les écosystèmes aquatiques du lac Kivu et de la rivière Ruzizi. Il a appelé à une synergie renforcée entre les acteurs locaux afin de définir des solutions concrètes et durables pour une ville plus propre et plus résiliente. Le Doyen a également souligné que l’Université Officielle de Bukavu, dans sa mission de service à la communauté, a pour rôle d’accompagner les acteurs locaux à travers la recherche, l’expertise scientifique et l’appui à la prise de décision pour une gestion durable de l’environnement.
Pr. Cikwanine Kasigwa, Doyen de la Faculté de Sciences et Technologie
Le Professeur AKONKWA BALAGIZI Désiré, Directeur du LHAGREN-UOB, a présenté le laboratoire comme une structure engagée dans la recherche scientifique et la protection des écosystèmes aquatiques. Il a précisé que cette initiative s’inscrit dans le cadre du projet d’appui à la gestion intégrée des solutions basées sur la nature, mis en œuvre en collaboration avec la Communauté de l’Afrique de l’Est. Selon lui, toute intervention durable doit commencer à la source, notamment au niveau des ménages, afin de réduire la pression croissante exercée par les déchets sur l’environnement urbain. Il a insisté sur l’importance d’une approche progressive et inclusive, impliquant les cadres de base, les collecteurs, les valorisateurs ainsi que les autorités administratives dans la construction de solutions adaptées et durables.

Pr. Akonkwa Balagizi, Directeur de LHAGREN-UOB
Des échanges techniques et des constats partagés
Les participants ont suivi plusieurs présentations techniques portant sur la cartographie des dépotoirs, l’état des lieux de la gestion des déchets solides, le plan d’assainissement proposé ainsi que les mécanismes de mise en œuvre et de financement. La cartographie des dépotoirs dans la ville de Bukavu a été présentée par Dr Guy ILOMBE, avec pour objectif d’identifier et de localiser les principaux sites de dépôt incontrôlé afin de mieux orienter les actions d’assainissement. L’état des lieux de la gestion des déchets solides a été exposé par le CT IRENGE Alicet, offrant une analyse du fonctionnement actuel de la chaîne de gestion des déchets et de ses principales faiblesses. Le plan d’assainissement a été présenté par l’Assistante FURAHA Nelly, qui a mis en lumière les orientations stratégiques et les actions prioritaires pour une meilleure gestion des déchets à Bukavu. Enfin, les mécanismes de mise en œuvre et de financement ont été développés par le Professeur AKONKWA BALAGIZI Désiré, en insistant sur les modalités de mobilisation des ressources et la durabilité du système proposé. Ces exposés ont permis d’établir une compréhension commune des défis liés au secteur de l’assainissement à Bukavu, notamment l’insuffisance des infrastructures, la faiblesse de la coordination entre acteurs et la difficulté d’adhésion des ménages aux structures de collecte.




Des priorités d’action clairement définies
À l’issue des travaux de groupe, les participants ont validé les principaux constats de l’étude et dégagé un consensus autour de plusieurs priorités d’action pour améliorer la gestion des déchets solides dans la ville de Bukavu. Parmi ces priorités figurent notamment le renforcement de la sensibilisation communautaire de proximité, le tri et la réduction des déchets à la source, ainsi que l’amélioration du système de collecte et d’évacuation. Les participants ont également insisté sur la promotion de la valorisation des déchets, le renforcement du rôle des cadres de base dans la coordination des actions, ainsi que la mise en place de dépotoirs de transit pour une meilleure organisation du circuit de gestion. En complément, ils ont recommandé la création d’une plateforme de coordination multi-acteurs, jugée essentielle pour assurer une meilleure gouvernance, une harmonisation des interventions et un suivi efficace des actions d’assainissement.
Vers un financement durable et inclusif
Un accent particulier a été mis sur la nécessité de mettre en place des mécanismes de financement transparents et durables. Ceux-ci devront impliquer les ménages, les cadres de base ainsi que les acteurs économiques locaux. Les participants ont insisté sur la nécessité de garantir la transparence dans la gestion des ressources et d’assurer une consultation régulière des acteurs de terrain à toutes les étapes de mise en œuvre. Dans cette dynamique, le LHAGREN-UOB encourage également le développement d’un partenariat public-privé, considéré comme un levier essentiel pour assurer la mobilisation des ressources, renforcer l’efficacité des interventions et garantir la durabilité du système de gestion des déchets solides.




Les acteurs clés du secteur d'assainissement participent aux orientations stratégiques dans les carrefours
Préoccupations et attentes des participants
Les échanges ont également mis en évidence plusieurs préoccupations majeures, notamment le manque de moyens logistiques adaptés, la désorganisation dans la collecte des déchets ainsi que le déversement récurrent des ordures dans les caniveaux, aggravant les problèmes d’insalubrité urbaine. Les participants ont également souligné la nécessité de renforcer les actions de sensibilisation au niveau des ménages, des églises et des établissements scolaires. Ils ont plaidé pour une meilleure structuration de la sensibilisation communautaire, ainsi qu’une implication accrue des écoles dans la promotion des comportements responsables et de bonnes pratiques environnementales, afin de favoriser un changement durable des habitudes.




Les participants ont proposé la mise en place d’une plateforme de coordination de l’assainissement à différents niveaux, notamment au sein de la mairie, des communes, des quartiers et des avenues. Cette structure multi-niveaux vise à mieux canaliser les interventions des différents acteurs impliqués dans la gestion des déchets solides. Elle permettra notamment de renforcer la coordination entre les autorités municipales et les acteurs locaux, de réduire les chevauchements d’interventions, et d’améliorer l’efficacité des actions sur le terrain. Cette approche est également appelée à favoriser une meilleure circulation de l’information, une planification plus cohérente et un suivi harmonisé des initiatives d’assainissement dans la ville de Bukavu.
Un engagement collectif pour une ville plus propre, un lac Kivu et une rivière Ruzizi assainis
Un engagement collectif pour une ville plus propre, ainsi que pour la préservation d’un lac et d’une rivière assainis, s’est dégagé au terme des échanges. Les participants ont réaffirmé leur volonté commune de s’impliquer activement dans la mise en œuvre des actions d’assainissement en vue de réduire durablement les déchets solides dans la ville de Bukavu. Cet engagement repose sur une responsabilité partagée entre les autorités, les cadres de base, les acteurs économiques et les communautés locales, avec pour objectif de protéger les écosystèmes du lac Kivu et de la rivière Ruzizi, tout en améliorant le cadre de vie des populations.
En clôturant les travaux, le Directeur du LHAGREN-UOB a remercié les participants pour leur engagement et a salué la richesse des contributions recueillies, lesquelles seront intégrées dans le plan d’assainissement. Il a réaffirmé l’engagement du laboratoire à accompagner les autorités dans l’adoption du plan et à mobiliser les ressources nécessaires à sa mise en œuvre. Cette initiative s’inscrit dans la vision d’un développement durable basé sur l’économie circulaire, où les déchets sont progressivement transformés en opportunités économiques et environnementales au bénéfice des communautés locales.

Photo de famille avec les acteurs de la commune d'IBanda






